Un Saint Joseph, déjà cité au temps des Gaulois

Ce qu’il y a d’extraordinaire avec le vignoble français c’est que chaque commune, chaque parcelle, chaque appellation porte en elle une partie de l’histoire de France. Nous nous attarderons aujourd’hui sur le Saint-Joseph, rive droite du Rhône, entre Vienne et Valence. Il apparaît que son existence remonterait à la période de l’occupation romaine, une centaine d’années avant Jesus Christ.

Une histoire un peu agitée

Nos ancêtres les Gaulois

La région, étendue des Alpes jusqu’à la partie occidentale du Rhône est alors peuplée d’Allobroges. Ce peuple Gaulois est réputé pour sa bravoure, son sens du commerce, de l’agriculture et de la viticulture en particulier. Ils contrôlent les principales routes commerciales de la région et leurs produits agricoles sont reconnus de Rome jusqu’à Lutèce. Leurs vins se trouvent alors déjà sur les tables des fins gourmets de l’époque. Pline l’ancien, célèbre écrivain, philosophe et naturaliste Romain du 1er siècle mentionne le vin de cette région sous l’appellation ‘Allobrogica vitis’ (littéralement vin des Allobroges). Ce nom désigne d’ailleurs à l’époque le cépage (l’Allobrogica), typique des appellations du nord du Rhône dans les premiers siècles après JC et dont les analyses ADN récentes ont révélé un lien de parenté éloigné avec la Syrah.

Sacré Charlemagne

Un vin apprécié également de l’empereur Charlemagne. L’amour de l’empereur Carolingien pour les vins Bourguignons n’est plus à démontrer mais il paraîtrait que ce dernier sache aussi apprécier le nectar provenant des terrasses rhodaniennes.

Au Moyen-Âge nous retrouvons le Saint Joseph sous plusieurs dénominations : vins de l’Hermitage ou encore vins de Tournon. Mais en 1312, Lyon et sa région située sur la rive droite du Rhône sont intégrés au Royaume de France, catastrophe pour le vignoble qui voit toutes les routes commerciales vers le Saint Empire Romain Germanique se refermer avec ses principaux débouchés commerciaux. Les vins de la rive Gauche profitent de cette bonne nouvelle pour développer leur réputation à travers toute l’Europe centrale. Comme un malheur ne vient jamais seul, un siècle plus tard, ce sont les ducs bourguignons du Nord qui usent de barrières protectionnistes en interdisant en terres Bourguignonne l’import, le commerce et la consommation de vins du bas pays dont Saint Joseph fait partie.

Affaiblis mais pas morts, les vignerons de Saint-Joseph continuent de proposer des vins de qualités et retrouvent petit à petit leurs lettres de noblesses. Les vins de Tournon se retrouvent régulièrement dégustés à la cour du Roi de France sous François 1er. 1560.

Les Misérables et le Saint Joseph

Enfin, excusez du peu, le Saint Joseph est cité par Victor Hugo dans les Misérables au XIXème siècle cette fois-ci sous l’appellation ‘Vins de Mauves’, l’évêque de Digne reçoit ce soir là la visite de Jean Valjean et lui sert une vieille bouteille de ce vin. Pour la petite histoire, ils dégustent ce soir là ‘une soupe faite avec de l’eau, de l’huile, du pain et du sel, un peu de lard, un morceau de viande de mouton, des figues, un fromage frais, et un gros pain de seigle.’ Tout un programme, pour un accord mets et vin réussi il faudra repasser.

Plus récemment …

A la fin du XIXème siècle vint le Phylloxera qui détruira une très grande partie du vignoble, replanté finalement à la sortie de la première guerre mondiale avec des ceps de Syrah provenant entre autres de vignobles Chiliens. Ces vignes retournèrent au Bercail après avoir été importées de France au Chili un demi-siècle auparavant.

En 1937, est créée l’Appellation d’Origine Contrôlée ‘Côtes du Rhône’ qui comprend tout le vignoble de Lyon jusqu’à Avignon. Aberration de l’administration française au vu des multiples terroirs, techniques de vinification et cépages utilisés sur la région, le découpage en AOC que nous connaissons aujourd’hui s’effectuera sur une vingtaine d’années. Saint Joseph est cependant le dernier cru des côtes du Rhône à pouvoir bénéficier d’une AOC, une quinzaine d’années après Cornas, Hermitage, Condrieu et Côte Rôtie. L’injustice fut réparée en 1956. St Joseph est un lieu-dit de la commune de Tournon, son nom fut choisi de manière naturelle car Saint Joseph jouissait d’une réputation plus grande que les autres lieux-dits et villages alentours. L’appellation est élargie à 26 communes voisines en 1969. Depuis une vingtaine d’années, la qualité des vins produits à Saint-Joseph est en constante amélioration. Notamment sur la partie nord de l’appellation qui bénéficie quasiment des mêmes conditions climatiques et des mêmes terroirs que sa grande sœur la Côte-Rôtie.

Partons à sa découverte…

Saint Joseph, un Vignoble au sud de Lyon

Ce vignoble des Côtes du Rhône Septentrionaux se situe rive droite du Rhône dans le prolongement de la magistrale Côte-Rôtie. Il s’étale sur 1000 ha, c’est un beau vignoble qui se caractérise par un aménagement des vignes en terrasse comme ces illustres voisins. Ici pas de machine à vendanger, la récolte est manuelle. Il couvre 23 communes dans l’Ardèche et 3 dans la Loire.

Et côté encépagement, la petite grappe

Les vins rouges sont issus uniquement à partir de Syrah. Elle va permettre de donner des vins profonds, épicés, floraux et fruités. Des vins structurés, complexes qui ont pu permettre à cette appellation de gagner rapidement ses lettres de noblesses. Les vins de Syrah développent une palette aromatique sur la violette, le poivre et la mûre.

Les vins blancs sont rares, ils ne représentent que 10% de l’appellation, ils sont issus de l ‘assemblage de deux cépages comme la Marsanne et de Roussane. Nous avons une préférence pour les vins issus majoritairement de Roussane, ils sont souvent plus élégants sur la fleur blanche comme le chèvrefeuille, l’iris et même la pivoine.

Saint Joseph, la sélection Happy

Domaine Grangier : Cuvée la Côte 2014

Un très grand Saint-Joseph du Nord de l’appellation ce qui lui donne un petit air de famille avec son illustre voisine, la Côte-Rôtie. C’est un vin encore un peu jeune, il sera nécessaire de le préparer une petite heure en carafe afin que la matière de ce vin absorbe correctement le bois de l’élevage. Le nez est très caractéristique de son cépage, il développe un nez friand sur les fruits noirs, violette et poivre noir. En bouche, c’est suave, gourmand tout en conservant finesse et fraicheur. Les tanins sont fondus et la bouche s’ouvre sur des arômes denses de crème de cassis, de cerise bigarreau, de réglisse et de notes de cacao. Véritablement une merveille à découvrir !