Le Médoc – Destination Rive Gauche

Château Anthonic - Jean-Baptiste Cordonnier

Crédit Photo – Antonio Pagnotta – Château Anthonic à Moulis-en-Médoc

Juste une bande qui vaut le détour ! Elle sépare Bordeaux de Soulac-Sur-Mer où la Garonne se déverse dans l’océan Atlantique. Cent kilomètres d’une terre originellement inhospitalière entre mer et fleuve, marais et graves. Elle abrite des terroirs et des conditions climatiques exceptionnels dont les hommes tirent le meilleur depuis plusieurs siècles. C’est un berceau incongru qui verra naître des vins d’exception à forte personnalité. Bienvenue au milieu des eaux, ‘in medio acqua’ comment le surnommèrent les Romains. Vous aurez reconnu, ici le bien nommé Médoc

Avant mais c’était avant !

Présente depuis l’époque Romaine mais sans vraie culture intensive, la culture de la vigne prend son essor et les vins du Médoc commencent à être commercialisés au XIIème siècle. A cette époque, à la suite du mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt en 1154, la ville est alors rattachée à la couronne anglaise. Et à cette époque, le vin était léger (équivalent du rosé aujourd’hui) il partait depuis le Port de Bordeaux sur la Garonne vers l’Angleterre. Les puissants et l’aristocratie Anglaise raffolaient alors de ce breuvage qu’ils dénomment ‘Claret’ (du latin vinum clarum : vin clair). Les pays Nordiques, grands commerçants par voies maritimes, approvisionnent aussi leurs bateaux au port de Bordeaux et importent le ‘Claret’ en Hollande, en Belgique et au Danemark. Une vraie réussite commerciale !

Presque ça !

C’est au XVIème et XVIIème siècle, sous la demande des clients Hollandais friands de vins rouges puissants et tanniques que de grands terrains hostiles jouxtant l’estuaire sont défrichés dans l’unique but de planter de la vigne. Les voies commerciales existent alors depuis plusieurs siècles entre les fiefs protestants Bordelais, Anglais et Hollandais et les grands commerçants et négociants venus du nord font la pluie et le beau temps sur le vignoble afin que l’offre viticole corresponde à la demande de l’aristocratie. La ville et la région de Bordeaux sont en plein boom économique depuis l’apparition du commerce triangulaire avec l’Afrique et le Nouveau Monde.

Et après, la désillusion !

Au début du XIXème siècle, les vins de Bordeaux et du Médoc particulièrement jouissent d’une réputation de qualité à travers les plus grandes tables d’Europe. La profession s’organise et la qualité du vin commence à être un élément central du développement du vignoble.

La Révolution Industrielle amène son lot d’améliorations dans les outils de production, les process mais aussi intensifie la culture de la vigne. Les Châteaux les plus réputés sont classés d’abord de manière informelle et le commerce s’organise autour des négociants qui disposent d’une exclusivité sur la vente des vins. La fameuse place de Bordeaux voit le jour. Les prémisses du système moderne s’installent…

La seconde moitié du XIXème siècle est une catastrophe pour le vignoble Bordelais, alors que le premier classement officiel des Grands Crus Classés voit le jour en 1855 (voir petit encadré), des fléaux successifs viennent détruire une grande partie du vignoble : d’abord l’oïdium, puis le phylloxera et enfin le mildiou, le tout entre 1857 et 1892. Puis viennent les guerres successives qui affaiblissent le vignoble en 1870 puis 1914, les jeunes gens partent au front et les clients se font plus rares.

Comme le Phénix, Bordeaux renaît de ses cendres …

Au sortir de la première guerre Mondiale en 1918, le vignoble se reconstruit avec détermination. À la sortie des années 30 et grâce à la fin de la Prohibition des Etats-Unis, les vins du Médoc trouvent de nouveaux débouchés commerciaux et renaissent de leurs cendres. Plus récemment, depuis les années 2000, ce sont de nouveaux clients et investisseurs venus de Chine qui créent un engouement global pour les vins de Bordeaux et les remettent sur le devant de la scène internationale.

1855 et ses Crus Classés, le sempiternel débat

Le classement des vins du Médoc de 1855 fût ordonné par Napoléon III en préparation de l’Exposition Universelle de Paris la même année. Cette Exposition Universelle est la seconde organisée dans le monde après la première édition de Londres en 1851. Dès l’annonce de sa tenue, la Chambre de Commerce de Bordeaux y voit une opportunité sans précédent de promouvoir la qualité des vins de la région et mandate la Chambre Syndicale des Courtiers de Vins en Gironde pour établir une classification de ses vins. Le classement se base sur des critères objectifs et subjectifs dont les deux plus importants : le prix négocié de la barrique sur plusieurs années et la renommée des Châteaux et propriétaires.

Au final, 60 vins du Médoc (plus le Château Haut-Brion du vignoble des Graves à Pessac) sont classés en 5 catégories : les 1er Crus étant les plus chers et les plus réputés jusqu’au 5èmes Crus. Ce classement, reste quasiment inchangé (surclassement du Château Mouton Rotschild en 1973 de Second à Premier Cru) depuis 162 années, il est sujet à débats et polémiques.

En effet, même si la qualité du Terroir des Crus Classés ne fait pas de doute, de nombreux propriétaires de Crus classés ont élargi leurs propriétés et les vins produits sur ces nouveaux terroirs bénéficient encore de ce classement. Il ne faut pas non plus négliger le travail des hommes qui peut être plus ou moins qualitatif de génération en génération.

Les détracteurs de ce classement ne remettent pas en cause la qualité des vins produits par ces propriétés mais le fait que le classement reste figé depuis plus d’un siècle et demi. De ce fait, il a naturellement dû faire fi de l’ascension de la qualité de la production viticole d’autres maisons.

Reste que la renommée des Crus classés en 1855 a conféré à ces propriétés un argument de communication des plus persuasifs, donc une commercialisation aisée de leur production à des prix bien au delà de la moyenne. Cette aisance financière leur a permis d’investir dans leur outil de production et dans les hommes de manière plus importante que leurs concurrents et donc de produire les vins les plus qualitatifs de la région. Ce n’est cependant pas une généralité, à vous consommateur de faire un choix, étiquette et prestige ou simplement le vin !

Histoire de crus, qui l’eut cru !

Le vignoble est d’abord séparé en deux régions bien distinctes. Le Médoc au Nord qui court de la Pointe de Grave sur l’estuaire de la Garonne en face de Royan jusqu’à la limite nord de la commune de Saint-Estèphe. Et le Haut-Médoc au sud allant de Saint-Estèphe jusqu’à la commune de Blanquefort au nord de Bordeaux.

Le vignoble du Médoc est constitué d’alluvions portées par la Garonne au fil des millénaires. Le terroir est ainsi constitué de sols sablonneux mêlés de graviers et d’argile plus ou moins épais. Le paysage ainsi façonné a pris le doux nom de ‘croupes de graves’, collines graveleuses très faiblement accidentées jouxtant la rive gauche de la Garonne.

Les très grandes appellations du Médoc se trouvent sur la partie du Haut-Médoc, les sols graveleux y sont plus épais, humides de par la proximité avec la Garonne et aérés par la granularité importante des composants du sol. La vigne s’épanouit alors en plantant ses racines loin dans le sol (jusqu’à 15m) pour en tirer le meilleur. Sur une plus petite bande de 30km en plein milieu du Médoc nous trouverons les vignobles majestueux de Margaux, Saint-Julien, Pauillac et Saint-Estèphe. Petit mots doux à l’attention de nos oreilles d’amateur… car il faut l’avouer entendre ces noms nous projettent déjà dans la perspective d’un agréable moment de dégustation !

Les deux autres appellations du Médoc sont les AOC Moulis et Listrac, jouissant d’une moins grande réputation que leurs voisins, ces terroirs n’en font pas moins de très grands vins comme les prestigieux Maucaillou et Chasse-Spleen. Ces deux vignobles sont éloignés de 10km de l’ouest de l’estuaire. Les croupes de graves constituant son terroir sont ainsi issues de l’érosion des Pyrénées et non des alluvions de la Garonne. En résultent des vins complexes, charpentés, soyeux et généreux. Et divinement abordable en prix ! C’est fortement appréciable à Bordeaux.

Mes beaux Raisins…

Les vins du Médoc sont élaborés à partir de Cabernet Sauvignon (cépage majoritaire), Cabernet Franc, Merlot et dans une moindre mesure Petit Verdot et Malbec. Le Cabernet Sauvignon conférera au vin une belle structure, des tanins vifs, de l’acidité, une capacité à vieillir inégalée et des notes d’épices. Le cabernet Franc s’assurera d’apporter de la finesse à l’assemblage. Le Merlot viendra rééquilibrer ces premiers en apportant sa teneur en fruit, sa douceur et sa rondeur. Le Malbec et le Petit Verdot sont généralement utilisés à moindre mesure mais n’en sont pas moins importants dans leur apport à l’assemblage final, le Petit Verdot pour la touche florale et le Malbec pour son velouté. Ces deux derniers apporteront aussi une belle intensité à la robe des Crus Médocains, de la couleur Messieurs dames !

Quelques découvertes Médocaines

Lors de notre dernière escapade Médocaine, nous avons rencontré des hommes et des femmes étonnants, attachants, dont l’amour pour leurs terres égale l’amour qu’ils portent à leur métier et au vin. Vous trouverez ci-dessous des pépites offrant toutes ce supplément d’âme qui vous touchent droit au cœur :

Château Laujac 2014, Médoc

Propriété de la famille Cruse depuis 1852, Vanessa Duboscq Cruse et René-Philippe Duboscq gèrent le Château Laujac depuis 2012. Attachés à la culture et à leur environnement époustouflant, le vignoble sied sur des paysages à couper le souffle, entre terre, marais, rivière et mer.

Un très joli médoc, typique de son appellation. Sa couleur évolue du rubis au grenat mais conserve brillance et intensité. C’est un vin dense sur des arômes de cassis et de myrtilles… L’attaque en bouche est franche et délicate. Les tanins sont fins et se fondent avec la matière. Grâce à sa belle structure, c’est un vin qui pourra se conserver encore 10 ans. C’est réellement le vin qui vous permettra d’attendre vos crus classés tout en savourant un joli flacon. Accessible et plaisant, il pourra séduire un grand nombre d’amateur de vin rouge qui souhaite une bouteille à déguster en toute convivialité !

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Château de Braude 2014, Haut-Médoc

Karin Bernaleau est une femme à poigne, attachante, au franc parler qui entend défendre son vignoble comme personne. Propriétaire du Château Mongravey sur l’appellation Margaux depuis une trentaine d’années, elle prend part à toutes les étapes de vinification de ses vins et s’investit corps et âmes dans son métier.

Un vin à la robe violine intense qui développe un nez expressif sur iris, pivoine, petits fruits noirs, réglisse et anis. En bouche, les tanins sont présents avec un léger boisé. Cependant la matière dense de ce vin, confère rondeur et complexité. C’est soyeux, riche et en parfaite harmonie avec le nez. Un vin qui possède par ailleurs une excellente longueur en bouche et un très beau potentiel de garde pour un Haut-Médoc. Un véritable coup de cœur, il est séduisant et c’est véritablement le vin que l’on aimera à faire découvrir autours de soi. Ce qui est encore plus agréable, c’est que vous pourrez l’acquérir sans passer par la case, je mange des pâtes tous les jours ! Même si les pâtes nous adorons ça chez Happy…

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Château Anthonic 2011, Moulis

Jean-Baptiste Cordonnier aime sa terre, ses vignes et l’environnement. Jean-Baptiste s’est engagé dans la transformation de son vignoble en une culture 100% Biologique depuis qu’il a repris le domaine il y a plus de 20 ans. Ses vins ont la particularité d’être constitués majoritairement de Merlot, leur assurant des saveurs fruitées et une rondeur particulières pour un producteur de la rive gauche.

Chez Happycurien, nous avons souhaité vous proposer un vin pour une fois atypique mais uniquement par son encépagement. Rassurez-vous, nous reconnaissons le style ! Ici c’est le merlot qui est roi et il faut l’avouer que sur ce terroir habitué au cabernet, il tient très bien son trône. La robe est rouge aux reflets légèrement grenat. Le nez est sur le fruit noir, crème de cassis et présente des notes légèrement évoluées sur le pruneau. C’est un vin souple avec une trame tannique relativement fondue. Un petit passage en carafe d’une petite heure vous permettra de l’apprécier dès à présent. Il aimera s’accorder avec une belle pièce de bœuf, un magret de canard ou même avec de la charcuterie fine comme un Bellota, il se sentira à son aise.

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Le Médoc en bande dessinée : Château Bordeaux

(Corbeyran et Espé aux Editions Glénat)

Pour aller plus loin sur le sujet, nous vous proposons de découvrir la superbe série de bandes dessinées de Corbeyran et Espé. Composée de 7 Tomes aujourd’hui, la série relate l’histoire d’Alexandra Baudricourt, jeune femme dynamique exilée aux Etats-Unis qui rentre dans le Médoc après le décès de son père, propriétaire d’un Château dans le Médoc. Héritière du Domaine avec ses deux frères, Alexandra lutte contre vents et marées afin de donner une seconde vie à un grand domaine en perte de vitesse. Discordes familiales et passions amoureuses sur fond d’enquête policière, de Grands Crus et de négociants véreux. Cette bande dessinée permettra à l’amateur et au néophyte de s’instruire sur les vins de Bordeaux tout en suivant une histoire haletante généreuse en rebondissements. Suivez Alexandra du premier jour au Domaine en passant par toutes les étapes jusqu’à l’élaboration de son premier Cru, vous ne reposerez pas cette bande dessinée de la première à la dernière page.