La Côte-Rôtie, une terre de légende…

L’aventure commence grâce aux Romains qui s’étaient installés dans la Vallée du Rhône. Ils avaient en effet repéré dans la région de Vienne des coteaux abrupts, certes, mais propices à accueillir la vigne. Ils firent alors construire par les soldats des terrasses retenues par des murets de pierres avant de procéder à la plantation.

Puis, ils décidèrent de domestiquer la Syrah, cépage local alors sauvage, qui proviendrait d’un croisement entre la Durenza (vieux cépage ardéchois) et la Mondeuse (cépage savoyard). Au départ, c’était un vin destiné aux habitants, puis il commença à voyager en dehors des frontières de la région de Vienne en se bâtissant une solide réputation. Des bateliers transportaient les pièces sur le Rhône jusqu’au port d’Hermitage. De là, le vin partait assouvir la soif des cours européennes. On buvait la Côte-Rôtie chez les rois et les tsars mais pas seulement… Selon les archives du plus ancien négociant d’Ampuis, nous avons même des traces d’achats de Thomas Jefferson, qui fut ambassadeur en France, puis Président des États-Unis. Et bien avant lui, les papes étaient clients, d’abord en Avignon puis à Rome. Très vite, on distingua deux terroirs : la Côte Brune et la Côte Blonde. Selon la légende, un noble (le seigneur de Maugiron) aurait divisé ses terres pour ses deux filles, l’une brune et l’autre blonde. Les deux côtes sont séparées par un ruisseau, le Renard, qui se jette dans le Rhône au niveau d’Ampuis. On retrouve d’ailleurs une faille géologique qui sépare les deux côtes. Au nord, le sous-sol, nourri d’argile et d’oxyde de fer, donne une terre plus sombre et des vins plus puissants. Au sud, silice et calcaire offrent des crus plus fins et plus floraux, moins tanniques. En 1875, le phylloxéra, petit puceron à l’appétit féroce, dévasta le vignoble de la Côte-Rôtie. En plein été, les feuilles jaunirent, les grains se nécrosèrent, ne laissant aucune solution de sauvegarde. Il fallut tout arracher.

Un véritable désastre. Les paysans durent replanter sur des porte-greffes américains résistant au phylloxéra. Ensuite, ils en profitèrent pour tester d’autres cépages, souvent des hybrides, en provenance des États-Unis. Ils étaient plus productifs mais vraiment moins subtils. Cela engendra une baisse notoire de la qualité, mais les vignerons réagirent et les coteaux furent entièrement replantés.

Malheureusement, la Première Guerre mondiale arriva et les vignerons partirent alors au front. Ce furent les femmes et les personnes âgées qui durent prendre la relève, à l’instar des autres vignobles d’ailleurs. Mais avec la pente, les vendanges étaient trop dures, il fallait remonter sur l’épaule des bennes de 40 kg. Les habitants renoncèrent vite et plantèrent de la blette et de la pomme de terre sur les bords du Rhône, fertiles en alluvions. La priorité était de se nourrir à moindre frais et ils avaient la solution ! Lorsque les survivants revinrent de la guerre, les coteaux n’étaient plus entretenus et étaient envahis de ronces. Des 400 hectares plantés de 1914, il n’en restait plus que 40. Le maraîchage prit son essor avec en vedette locale : l’abricot. Une espèce fondante et goûteuse qui fut prisée des confituriers. La plaine se couvrit alors d’arbres. Mauvaise période pour le raisin, qui subit en plus une série de mauvais millésimes. Les négociants eurent énormément de peine à maintenir le marché. Les Côte-Rôtie sont alors à l’agonie. On boit le vin au café, aux concours de pétanque. La vigne est exigeante, elle nécessite des ouvriers qualifiés et robustes. Le secteur étant mal rémunéré, plus personne n’accepte de s’abîmer la santé pour ce vin qui ne vaut plus rien. Pendant les années de vaches maigres, deux négociants vont soutenir l’appellation. Vidal-Fleury et Guigal. En 1961, il y avait une soixantaine d’hectares dans les Côte-Rôtie et à cette époque, le prix de vente était inférieur au prix de revient. En 1968, Alfred Gérin, maire d’Ampuis, décide de faire construire des petites routes pour desservir les coteaux. Sans cette initiative, l’appellation ne se serait jamais redressée. C’est au milieu des années 70 que de jeunes vignerons décident de défricher les coteaux pour planter à nouveau. Les Côte- Rôtie s’approchèrent alors du renouveau : elles tenaient enfin leur revanche.

La Côte-Rôtie ne disposant d’aucun classement, comme Bordeaux ou les Premiers et Grands Crus bourguignons, Marcel Guigal va développer une politique de marque. Il vend les meilleurs crus sous le nom de leur parcelle d’origine : La Turque, La Mouline, La Landonne. Les amateurs connaissent au moins de réputation ces grands vins. Et bienheureux celui qui a eu la chance d’y goûter !

L’encépagement

L’appellation Côte-Rôtie est vinifiée à partir de 2 cépages : le Viognier jusqu’à 20 % de l’assemblage, mais nous retrouvons majoritairement l’emblématique Syrah. À la découverte de la Syrah

Des chercheurs d’une équipe californienne et de l’E.N.S.A.-I.N.R.A. de Montpellier ont démontré avec certitude que la Syrah est d’origine rhodanienne. Ce cépage rouge, caractéristique de la partie septentrionale des Côtes-du-Rhône, est majoritaire dans les vins rouges des AOC Crozes-Hermitage, Hermitage, Saint- Joseph et Côte-Rôtie. Il est d’ailleurs le cépage unique de l’appellation Cornas.

Elle a été longtemps oubliée, notamment en raison de son rendement faible et de sa forte sensibilité aux maladies. En effet, elle est sensible à la Chlorose, à la pourriture grise, aux acariens et aux vers de la grappe. Et à surmaturité, elle craint l’égrenage. Aujourd’hui, la Syrah est désormais présente sur plus de 68 000 hectares en France, dont plus de la moitié en Languedoc-Roussillon. Elle fait partie des 6 cépages les plus cultivés dans le monde avec le Merlot, le Cabernet-Sauvignon, le Pinot Noir, le Sauvignon et le Chardonnay.

Fiche détaillée de la Côte-Rôtie

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• La situation : Vallée du Rhône nord
• La localisation : coteaux de la rive droite du Rhône, à 30 km au sud de Lyon
• La surface du vignoble : 260 Ha
• Les cépages : Syrah (80% minimum) et Viognier
• Le climat : tempéré
• Les Sols : schiste, gneiss et migmatite
• Le vignoble : en coteaux avec des pentes qui peuvent dépasser les 60%.
• L’altitude : entre 180 et 325 mètres
• La couleur: rouge uniquement
• En A.O.C: depuis 1940
• Le volume : environ 1,2 millions de bouteilles
• Les vignerons : un peu plus d’une centaine de producteurs

Source : Syndicat des Vignerons de Côte-Rôtie

Domaine Patrick Jasmin
Petite propriété qui vinifie une seule cuvée provenant d’un assemblage de 11 parcelles. Un excellent rapport qualité / prix. Les vins sont un peu austères dans leur jeunesse, il faut être patient avant de les déguster. Vous retrouverez des vins droits, des tanins fins pour donner au final un vin très équilibré.

Domaine Patrick Jasmin
14, rue des Maraîchers
69420 Ampuis
Téléphone : 04 74 56 16 04

Domaine Christophe Pichon
Il vinifie à merveille également de très beaux Condrieu, appellation qui l’a fait connaître. Depuis quelques années, il propose 3 cuvées de Côte-Rôtie. Nous apprécions particulièrement le haut de gamme avec sa cuvée La Comtesse en Côte Blonde, un vin élégant, profond avec souvent une finale sur de la violette. Un vin d’excellence à avoir dans sa cave.

Domaine Christophe Pichon
36, le Grand Val – Verlieu
42410 Chavannay
Téléphone : 04 74 87 06 78