Petite chronique fruitée

Irrésistible et pétillante, vêtue de sa jolie robe rouge pourpre et brillante, coiffée de son chapeau vert, la reine de l’été prend ses quartiers et s’installe sur les étals de marchés. Parfumée
et sobrement acidulée, la fraise, le fruit des gourmands, se déguste inlassablement : invitée d’une salade de fruits, déguisée sous sa charlotte ou accompagnée d’un vin pétillant, la fraise règne en maîtresse absolue des saveurs appréciées de l’été.

Fraises
Ce que nous dénommons « fraise » n’est en réalité pas le fruit du fraisier, il s’agit du réceptacle charnu de la fleur. Les vrais fruits étant les akènes, ces petits grains présents sur tout le pourtour de la fraise. Le nom botanique de la fraise « fragoria » dérive du verbe latin « fragare » signifiant odorant, résume à lui seul ce fruit succulent. D’un rouge plus ou moins vif et de forme ronde ou conique, la fraise possède une histoire qui remonte à la préhistoire avec la cueillette du fraisier des bois (Fragaria vesca L.). Plus tard, les romains ont apprécié les vertus
thérapeutiques de ce fruit. Les premières cultures commerciales ont débuté au XVe siècle, durant lequel anglais puis hollandais ont amélioré les espèces sauvages pour obtenir de plus gros fruits. En France, le développement de la fraise a été encouragé au XVIIIe siècle par un espion français portant le nom prédestiné d’Amédée-François Frézier. Envoyé par Louis XIV dans une expédition au Chili, pour « observer » les fortifications portuaires du Chili et du Pérou, il fit la découverte de fraises plus grosses que celles de nos contrées. Les Picunches et les Mapuches du Chili les cultivaient et les consommaient de toutes les manières : fraîches, séchées ou transformées en un alcool qu’ils offraient aux visiteurs de marque. Le 17 août 1714, Amédée-François Frézier est de retour à Marseille avec, dans ses bagages, des pieds de Fragaria Chiloensis qu’il apporte au jardin botanique de Brest puis au Jardin Royal. Ces fraisiers se sont révélés être uniquement des plants mâles qui n’ont pu donner de fruits. Quelques décennies plus tard, le botaniste Antoine Nicolas Duchesne observe que de beaux fruits sont obtenus lorsqu’un fraisier du
Chili est cultivé près d’un fraisier de Virginie (Fragaria virginiana), une variété à petits fruits rouges ramenée du Québec un siècle plus tôt. De cette union entre deux plantes d’origine américaine naît une nouvelle espèce, le fraisier ananas (Fragaria ananassae), à l’origine de l’essentiel des variétés connues des fraises modernes. En 1740, la ville de Plougastel, déjà productrice de fraisiers des bois, s’est illustrée en devenant ainsi le premier lieu de production de cette nouvelle espèce. La culture de la fraise devient ainsi la spécialité de la commune,
qui produira près du quart de la production française de fraises au début du XXe siècle.

HISTOIRE DE VARIER LES PLAISIRS

Plus de 600 variétés de fraises sont recensées, en constante évolution pour répondre d’une part aux attentes du consommateur appréciant le renouvellement des goûts et des saveurs et d’autre part, pour éviter la dégénérescence des plants. Forme, couleur, fermeté, sont autant de leviers sur lesquels les recherches portent, les sélectionneurs français préférant orienter leur travail sur l’arôme des fruits, Belrubi, Ciflorette, Gariguette et Mara des bois étant les références.
Les variétés de fraises sont distinguées en deux groupes, selon qu’elles appartiennent aux variétés remontantes et non remontantes. Les variétés non remontantes fructifient
durant trois à quatre semaines, de mi-mai à mi-juillet. Leur production est importante mais ne dure que peu de temps contrairement aux variétés remontant dont la récolte s’échelonne entre juin et les gelées, observant généralement une période de repos en juillet et en août.
Tant le choix des variétés est vaste et les goûts de chacun différents, qu’il est finalement assez difficile de mettre en avant telle espèce plutôt que telle autre, néanmoins nous avons choisi d’évoquer deux variétés incontournables de nos étals appartenant à chacune des ces catégories :

LA GARIGUETTE, FRAISIER NON REMONTANT :

Créée dans les années 1970, cette nouvelle variété est née du croisement entre les variétés Belrubi et Favette, de taille moyenne, allongée et rouge orangé, elle offre une chair ferme au toucher, fondante et juteuse sous le palais. Souvent citée en exemple comme un fruit qui, enfin, a du goût, la Gariguette a rapidement conquis le cœur des français. Particulièrement parfumée, juteuse et acidulée, elle réussit un subtil équilibre entre le sucré et l’acidulé.

LA MARA DES BOIS, FRAISIER REMONTANT :

La Mara des bois est commercialisée en 1991 et résulte des hybridations entreprises par André Marionnet. Cette fraise conique, d’un beau rouge vif, assez ferme, très parfumée,
au goût évoquant la fraise des bois comme son nom l’indique, est la fraise des jardiniers gourmets. Aux qualités gustatives indéniables s’ajoutent les bienfaits de
la fraise qui regorge de vitamines, une raison supplémentaire de se régaler sans culpabiliser. Alors, une irrésistible envie de fraises ?